LA CRYPTE D'OSCAR

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  La Seconde Mort de Madeleine...

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Dark-Angel
Maitre des Esprits
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MessageSujet: La Seconde Mort de Madeleine...   Mar 7 Nov - 1:27




Le placard oublié...!



Le 26 janvier 1978 un car de police s'arrête devant le numéro 110 de la rue de Lille à Béthunes. Les agents sont accueillis par les voisins qui leur ont fait part de leur inquiétude : depuis deux jours, la lumière est restée allumée chez Marie-Louise Delton, une vieille dame très digne de 72 ans, que tout le monde connaissait dans le quartier et que l'on aimait bien parce qu'elle avait toujours un mot gentil pour les enfants, pour les commercants, pour tout le monde. Elle sortait tous les matins, avec son panier à provision à la main, achetait un peu de viande, quelques légumes, beaucoup de lait, un petit pain. Elle tirait ses maigres revenus de la location de deux appartements qu'elle possèdait en ville. Elle ne recevait jamais personne dans son logement, la maison familiale qu'elle avait toujours habitée, 110 rue de Lille. Depuis deux jours la lumière était restée allumée et personne n'avait entendu la radio que Marie-Louise allumait pour écouter les informations. Un silence inquiètant régnait dans l'appartement de la vieille dame.

Les agents de police examinent les fenêtres, puis vont frapper à la porte de l'appartement. Personne ne répond : 

- Marie-Louise Delton ? Vous êtes là...? demande un policier...Alors sur l'ordre du brigadier, les policiers enfoncent la porte et découvrent les lamentables conditions dans lesquelles, en plein XX° siècle, une vieille dame peut finir ses jours dans la solitude, le dénuement et l'indifférence. Marie-France Delton n'est pas morte. Malade, affaiblie, incapable d'appeler à l'aide, de se soigner, d'allumer un vieux réchaud à essence de térébenthine qui est son seul moyen de chauffage. Marie-Louise s'est couchée pour attendre la mort. Les policiers appellent une ambulance et, en attendant, font le tour du misérable appartement : les pièces délabrées sont devenues, au fil des ans, une vaste poubelle où s'entassent de vieux cartons, des journaux jaunis, des chiffons, des caisses éventrées qui dégagent une odeur de pourriture. Pendant que le brigadier encourage Marie-Louise et croit la rassurer en lui disant qu'on va s'occuper d'elle, un autre policier inspecte l'appartement. Il est intrigué par la porte d'un placard fermé à clef. Il se penche vers Marie-Louise, toute pâle dans son lit, effrayée de voir autant de monde chez elle et lui demande doucement :



- Madame Delton, avez-vous la clef de la porte du placard ? La vieille dame ne répond pas. Le policier insiste. Alors, elle le regarde d'un air étrange :

- Je ne sais plus où j'ai mis la clef. Il y a bien longtemps que je l'ai perdue.....Tandis que l'on emporte Marie-Louise dans une ambulance vers l'hôpital de la ville, le policier continue son inspection. Et à chaque fois qu'il passe devant la porte du placard, il s'arrête, tente machinalement d'ouvrir la porte. Au moment de partir, de refermer pour longtemps l'appartement misérable, il revient une dernière fois et force la serrure. Pourquoi ? Il ne le saura jamais. L'instinct du policier. Dans l'obscurité, le policier s'avance et n'en croit pas ses yeux : le placard n'est pas vide. Le policier distingue un grabat, une couverture en loques. En se penchant encore il découvre sous la couverture une créature recroquevillée, plus proche de l'animal que de l'être humain. Vite, il va ouvrir les fenêtres car l'atmosphère est irréspirable. Avec une lampe électrique, il éclaire un affligeant spectacle : une vieille femme squelettique, aux longs cheveux blancs, le regarde sans réagir, immobile, comme morte. Le placard, le grabat sont couverts de souillures. Des boîtes de conserves sont entassées dans un coin. Il n'y a pas de chauffage. L'air est glacial. Qui est cette pauvre dame ? Depuis quand vit-elle dans ce placard enfermée à double tour ? Une seconde ambulance emporte la moribonde à l'hôpital et, aussitôt, la police entreprend une enquête. Une enquête qui va prouver que l'incroyable peut arriver, de nos jours, en plein XX° siècle.





n 1913 une famille heureuse vivait au 110 de la rue de Lille : la famille Delton. Monsieur Delton était représentant de commerce dont les affaires étaient prospères. Il avait fai un mariage d'amour - ce qui n'était pas fréquent à l'époque - et sa femme lui avait donné trois belles petites filles : Marie-Louise, Corinne et Madeleine. Marie-Louise se montre la plus douée pour les études : elle obtint en 1931, une licence de mathématiques. Cette année-là, un premier malheur devait atteindre la famille : Madame Delton meurt subitement. La mort brutale de sa mère va ébranler profondément l'une de ses trois filles, la plus sensible sans doute : Madeleine. Madeleine est inconsolable. Elle perd le goût de vivre et s'enferme dans sa chambre. Elle refuse de voir quiconque, même les membres de sa famille. Il faut que son père la contraigne à se nourrir, sinon elle se serait laissée mourir de faim. Monsieur Delton et ses deux filles ne savent plus quoi faire. Et le temps passe et on s'habitue à la retraite morbide de Madeleine, qui ne quitte plus sa chambre et perd l'envie de parler. Elle passe des semaines sans bouger de son fauteuil, le regard fixe, immobile.

Lorsque ses soeurs lui rendent visite pour la nourrir, elle ne répond pas à leurs questions. Et elle sombre dans un état dépressif chaque jour plus profond. Aux voisins qui les questionnent sur l'état de santé de Madeleine, le père et les deux filles répondent qu'elle se remet lentement, que bientôt elle sera sur pied, qu'elle reprend goût à la vie. Et le temps passe. Madeleine s'est enfoncée dans la schizophrénie, cette maladie qui conduit à l'incohérence et à l'indifférence au monde extèrieur. le schizophrène perçoit le monde aussi nettement que les autres mais devient incapable de réagir à ses proches perceptions. C'est une sorte de mort cérébrale où l'on reste lucide. lorsque les Delton comprirent que Madeleine ne serait plus jamais comme les autres jeunes filles, elle décida de cacher ce nouveau malheur au monde extèrieur, à la grande satisfaction de la malade qui ne voulait voir personne. Dans le quartier on apprit que Madeleine ne voulait plus sortir, qu'elle menait une existence volontaire de recluse. On s'y habitua.






Les années s'écoulèrent. Les voisins déménagèrent. D'autres moururent. Des rues changèrent de nom. D'autres furent élargies pour donner naissance à des quartiers nouveaux, à des immeubles immenses. Une deuxième guerre éclata. La France fut libérée. Les voitures se multiplièrent. La télévision se répandit sur les toits des maisons. Les derniers survivants de l'époque où Madeleine était une jeune fille disparurent à leur tour. Monsieur Delton était devenu un vieux Monsieur aux cheveux blancs, qui ne sortait plus que pour acheter son journal. Corinne Delton mourut brusquement. Son père la suivit quelques mois après. Tous ces évènements se passèrent en 1954.


La maison 110 rue de Lille n'avait pas changé. Marie-Louise vivait désormais de la location des deux appartements que lui avait légués son père. Elle ne sortait plus beaucoup et ne parlait à personne, seulement pour dire bonjour aux nouveaux commerçants, aux nouveaux voisins, aux enfants qui lui souriaient. En 1978, qui se souvient de l'existence de Madeleine Delton ? Les derniers petits vieux qui l'avaient connue croyaient depuis bien logtemps qu'elle était morte, comme sa soeur, comme son père. Avec le temps, on oublie tout. C'est ainsi que, pendant 47 ans, Madeleine se terra dans la plus petite des pièces de l'appartement, une sorte de placard, d'où elle ne ressortit jamais. Quarante-sept ans sans voir la lumière. Quarante-sept ans sans parler. De temps à autre Marie-Louise frappait au placard, ouvrait avec la clef et déposait dans l'obscurité une boîte de conserve et une carafe d'eau. Quand le policier la découvrit, dans sa prison volontaire, Madeleine ne pesait qlus que 30 kilos. Elle fut transportée à l'hôpital. Elle qui avait survécue 47 ans sans lumière, sans chauffage, sans pratiquement se nourrir, mourut exactement 8 jours après sa "libération". Marie-Louise à qui on ne pouvait rien reprocher, fut autoriser à rentrer chez elle, 110 rue de Lille à Béthune. Dans son dévouement poussé jusqu'à l'absurde, Marie-Louise avait juré de ne jamais livrer sa soeur à la médecine. Pour tenir son serment, elle avait tout abandonné. Pour elle, rien n'a changé : Madeleine était morte depuis bien longtemps, 47 ans auparavant.... 


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Zabou La Gragnotte
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