LA CRYPTE D'OSCAR

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 Les sœurs Papin : de la paranoïa au crime

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Dark-Angel
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MessageSujet: Les sœurs Papin : de la paranoïa au crime   Dim 29 Oct - 17:51



Les murs sont couverts de sang. Madame Léonie Lancelin et sa fille Geneviève sont atrocement défigurées. Leurs visages sont en bouillie, leurs yeux arrachés – un œil est retrouvé sur la première marche de l’escalier – et l’autopsie prouvera qu’elles ont été énucléées vivantes. A côté des cadavres, des fragments d’os et de dents. Les jambes et les fesses des deux femmes sont tailladées de coups de couteaux. Leurs jupes relevées laissent voir l’ampleur des mutilations sur les parties charnues et le bas de la colonne vertébrale.
Nous sommes le 2 février 1933, au Mans. Les auteurs de ce massacre ? Christine et Léa Papin, âgées respectivement de 28 et 21 ans, les bonnes des Lancelin, à leur service depuis 1927. Deux « perles » que toute la bourgeoisie de la ville leur enviait… C’est le début de « l’affaire Papin », l’une des plus terribles et des plus folles dans les annales du crime.
Le cinéaste Jean-Pierre Denis leur consacre son dernier film, “Les Blessures assassines”, basé sur le roman de Paulette Houdyer, “L’Affaire Papin” . Il s’efforce d’expliquer le geste de Christine et Léa au regard de leur histoire personnelle : une famille éclatée, une mère volage, l’enfance en pension, la misère, leur difficile condition de domestiques, leur solitude…

Un délire qui passe inaperçu

A l’époque des faits, la justice et les psychiatres ont déclaré les sœurs Papin saines d’esprit et responsables, nous apprend Sophie Darblade-Mamouni, journaliste juridique, dans un ouvrage qui vient de paraître, “L’Affaire Papin” . Pourtant Jacques Lacan, dans ses premiers écrits sur la paranoïa (1), les a élevées au rang d’héroïnes de la psy, désignant leur acte comme le modèle même du « passage à l’acte meurtrier » dans le cadre d’une « psychose paranoïaque ».
Effaçons d’entrée toute équivoque : il s’agit d’une maladie mentale grave et difficile à traiter. Rien à voir avec les simples tendances « paranos » – soupçonneuses – que connaissent beaucoup d’entre nous. Habité par les voix – des hallucinations auditives – de persécuteurs le menaçant de mort, le psychotique paranoïaque se fabrique un authentique délire, qui peut l’inciter à se défendre violemment : « J’aime mieux avoir la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient la mienne », répétera plusieurs fois Christine.






Le paranoïaque se choisit des persécuteurs sur mesure : s’il est de sexe féminin, il élira des figures maternelles ou des femmes célèbres idéalisées ; de sexe masculin, il s’en prend à des êtres tenus par lui pour inférieurs, ou à des femmes qui lui rappellent sa mère qu’il adule et hait simultanément. A la base de ce délire : le mécanisme de projection. Le psychotique paranoïaque attribue aux autres ses propres sentiments de haine – ou érotiques – qu’il refuse de reconnaître. Autres qui, par conséquent, lui apparaissent comme autant de persécuteurs, tandis qu’il voit en ceux qu’il aime de fervents amoureux, trop timides pour oser déclarer leur flamme. D’où le délire érotomane fréquent dans cette pathologie, que l’on pourrait résumer ainsi : « Ce n’est pas moi qui l’aime, c’est lui (elle) qui m’aime. » Dès lors, le psychotique paranoïaque s’autorise à poursuivre l’élu(e) de son cœur.
Toujours complexe, la sexualité des paranoïaques peut aussi prendre l’apparence d’une indétermination sur l’identité sexuelle, qui la fait confondre avec l’homosexualité ou le transsexualisme.
Cette maladie s’accompagne également de troubles du langage, les mots étant pris au pied de la lettre. Voilà pourquoi l’expression « Je lui arracherais bien les yeux » s’est traduit, dans la folie des sœurs Papin, par une exécution réelle. La psychose paranoïaque est très difficile à diagnostiquer, car le délire n’est pas forcément tapageur, la personne pouvant rester cohérente en apparence, tout juste plus sombre et renfermée que la moyenne. D’ailleurs, précise Jacques Lacan, « aux trois médecins experts qui les rencontreront, les sœurs Papin apparaîtront sans aucun signe de délire ni de démence, sans aucun trouble psychique ni physique ».
1- In “Ecrits”, Le Seuil 1999.


Une mère toute-puissante







La psychose paranoïaque résulte généralement d’une relation pathologique précoce à la mère. Le cas des deux sœurs ne fait pas exception. La leur, Clémence Derée, souffre elle-même de tendances paranoïaques, ainsi que l’explique la psychanalyste Marie-Magdeleine Lessana dans son livre “Entre mères et filles : un ravage” (2) . Elle méprise le père et refuse qu’il interfère entre elle et ses enfants. Elle est le symbole même de la mère toute-puissante et dévorante, interdisant à sa progéniture de s’autonomiser, et d’acquérir un véritable « moi ». Au quotidien pourtant, elle s’en occupe peu, car elle en est incapable. « Son envie est parasitée par des impulsions agressives, voire meurtrières », écrit Marie-Magdeleine Lessana, qui la contraignent à confier ses filles dès leur plus jeune âge à des parents ou des institutions. Aides que Clémence considère comme autant de persécuteurs : « ravisseurs », « rapteurs d’enfants », indique la psychanalyste.
Rapidement, entre l’aînée et sa mère, c’est la guerre ouverte. La jeune femme s’en plaint tant que, en 1928, madame Lancelin prie Clémence de cesser tout contact. Coupure fatale : sans cette mère haïe, Christine n’a plus d’existence psychique. Les filles Papin, de plus en plus taciturnes et repliées sur elles-mêmes – l’aînée entraînant la benjamine – transfèrent sur madame Lancelin ce lien haineux qui les unissait à leur mère. En secret, elles l’appellent maman. Tout est en place pour la tragédie qui se jouera cinq ans plus tard !
Remontons à la journée du crime. Il est 17 heures. Les patronnes sorties, les bonnes ont consciencieusement accompli leurs tâches quotidiennes. Il ne leur reste qu’à repasser le linge. Le fer, qui vient d’être réparé, entraîne un court-circuit. Impossible pour les bonnes d’achever leur dernier devoir. 18 h 15, madame Léonie Lancelin et sa fille, Geneviève, rentrent chez elles. Christine relate l’épisode fâcheux. « Encore ! » lance madame Lancelin agacée. Manifestation de colère que la jeune femme, en éternelle persécutée, prend pour une agression à son encontre. Elle répond par une attaque physique. Geneviève se porte au secours de sa mère. Cette intervention précipite le massacre : Christine y voit un inacceptable détournement de l’ordre établi, car seule Madame est autorisée à s’adresser aux bonnes. « Je vais les massacrer », hurle la jeune femme, en transe, exigeant de sa sœur Léa qu’elle entre en scène. Qui, comme à son habitude, s’exécute : Christine est plus qu’une aînée, elle est le chef, la « patronne ».


Au cœur de la tragédie : le mystère du sexe




« C’est du propre », déclarent sans émotion les deux filles après leur acte, comme si elles n’avaient fait que renverser un plat. Après s’être lavées, elles montent dans leur chambre, se déshabillent et se pelotonnent l’une contre l’autre.
Arrêtées, elles ne nient pas leur acte, ne cherchent pas à se défendre et ne manifestent aucun grief contre leurs victimes. « Leur seul souci est de se partager la responsabilité du crime », note Lacan. Tous ces signes de maladie mentale, personne n’en tiendra compte au procès.





Dès son incarcération, Christine sombre dans le délire. Elle veut s’arracher les yeux, réclame sa sœur en hurlant, au point que la gardienne chef accepte de les réunir. Aussitôt, dans un état d’exaltation croissante, de folle passion, Christine entreprend de dévêtir Léa tout en la suppliant : « Dis-moi oui, dis-moi oui. » Les gardiennes doivent protéger Léa des assauts de son aînée. Qu’importe : « saines d’esprit », ont décrété les juges !


A l’époque pourtant, un psychiatre, le docteur Logre, déplore qu’on n’ait « pas assez recherché la nature des liens unissant les deux sœurs ni attaché suffisamment d’importance aux blessures très caractéristiques des victimes, qui paraissent indiquer des préoccupations sexuelles délirantes ». Rival du docteur Truelle, l’expert chargé de l’affaire, il ne sera pas écouté. Effectivement, quand l’avocate de Christine, maître Brière, lui demande pourquoi elle a déshabillé Geneviève Lancelin – question essentielle négligée par l’ensemble des experts – la jeune femme répond par une aberration : « Elle prétendait chercher quelque chose qu’elle aurait voulu avoir et dont la possession l’aurait rendue plus forte », car elle voudrait « changer de corps ». Mieux : Christine croit se souvenir que « dans une vie antérieure, elle a été le mari de sa sœur ». Les psychanalystes qui, par la suite, ont étudié le cas, voient dans cet aveu un symptôme du transsexualisme psychique presque toujours présent dans les psychoses paranoïaques les plus graves.
De plus, le jour du drame, la fille Lancelin avait ses règles. Or, leur crime accompli, Christine et Léa ont barbouillé de ce sang menstruel le sexe de la mère. Pour les psychanalystes, ce geste hautement symbolique donne son véritable sens à la tragédie : à travers leur acte fou, les sœurs ont inconsciemment voulu saisir « le mystère du sexe, de la jouissance et de la vie ». Et, surtout, « comment le féminin, le pouvoir procréateur se transmet de mère en fille », précise Marie-Magdeleine Lessana. 


Serait-ce parce qu’il nous renvoie à nos propres interrogations sur le sexe, la mort, la jouissance féminine, que le crime des sœurs Papin continue de nous fasciner ?
Christine, hallucinée, délirante, est morte à l’asile de Rennes en 1937 : elle refusait de s’alimenter, de vivre. Léa est sortie de prison en 1943. Elle est retournée vivre avec sa mère. Aujourd’hui, elle finit ses jours en maison de retraite, dans un état végétatif.

LE FILM :





Un amour fou entre sœurs





« J’avais 28 jours quand on m’a confiée à tante Isabelle et je savais déjà qu’il n’y avait pas de place pour moi. Mon père, j’ai passé ma vie à l’attendre. Ma mère, j’ai jamais pu l’appeler maman. Il me restait mes sœurs, Emilia et Léa. » Dans son film “Les Blessures assassines”, Jean-Pierre Denis choisit d’expliquer le crime des sœurs Papin par un manque précoce de tendresse. Isolées du monde, elles se seraient vouées une passion sans limite. « Ce n’est pas un crime, mais une histoire d’amour », déclare-t-il. Une histoire d’amour fou qui a débouché sur la folie. D’ailleurs, Paulette Houdyer, auteur de “L’Affaire Papin” (1), le livre qui a servi de base au film, avait réussi, dans les années 60, à gagner les confidences de Léa par ces mots : « Je sais que c’est une histoire d’amour ! » Victimes avant d’être coupables ? Les « brebis enragées », ces « arracheuses d’yeux » telles que décrites à l’époque, perdent dans ce film émouvant et fort bien interprété leur caractère monstrueux. Fillettes tristes, abandonnées à d’austères institutions religieuses, petites bonnes impuissantes soumises à des maîtres bafouant leur dignité… En « réinventant » Christine et Léa, le réalisateur s’abstient de les réduire à leur acte, et rappelle que le geste le plus fou est toujours le fruit d’une histoire très humaine. 
1- Cénomane, 1988.
“Les Blessures assassines” de J.-P. Denis, avec S. Testud et J.-M. Parmentier. En salle depuis le 22 novembre.

DIAGNOSTIC





L’une des psychoses les plus répandues



Avec la schizophrénie, qui concerne environ 1 % de la population, la paranoïa est la plus répandue des psychoses. Elle apparaît généralement au début de l’âge adulte, fréquemment déclenchée par une confrontation avec l’autorité ou avec une responsabilité (par exemple, la naissance d’un enfant) face à laquelle l’individu est impuissant. Dès lors, tout devient suspect, hostile. Le délire paranoïaque étant toujours – apparemment – rationnel et organisé, l’individu peut convaincre son entourage qu’il a raison, entraînant même parfois un parent proche ou son conjoint dans son délire. En dépit de la violence des meurtres commis par des malades paranoïaques, 95 % d’entre eux ne sont pas susceptibles d’actes criminels. Harcelés par leurs angoisses, ils souffrent nettement plus qu’ils font souffrir. Dans les moments les plus critiques, l’hospitalisation est nécessaire. Le traitement est à la fois médicamenteux et psychothérapeutique. 
Dans de nombreux cas, la maladie est malgré tout compatible avec une vie « normale ».

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Zabou La Gragnotte
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